
Introduction
Je n’ai pas abordé ce projet comme un simple travail artistique.
Dès les premiers échanges avec Sarah El Guendi et la lecture de sa recherche, quelque chose s’est déplacé en moi. Les mots des répondantes, leurs hésitations, leurs silences, leurs phrases brèves et pesantes à la fois, ont résonné avec des histoires que je connais trop bien — celles de mes sœurs, de mes proches, les miennes, celles des femmes dont les trajectoires restent souvent invisibles.
Photographier l’emprise n’est pas un exercice esthétique. C’ est un geste de responsabilité. C’ est accepter de regarder en face des réalités qui dérangent, et de chercher, malgré leur complexité, une forme qui puisse les accueillir sans les trahir. C’ est dans cet état d’ écoute et de rigueur que j’ ai rejoint ce projet.
Trois années plus tard à construire et trouver une manière juste de rendre perceptible ce qui échappe aux regards. Cette exposition en est la première mise en lumière.
Une création à la croisée de l’art et de la recherche
Ce projet est né d’un échange avec Sarah El Guendi, docteure en criminologie à l’Université de Liège. Sa thèse porte sur le processus de sortie d’une relation d’emprise : comment les femmes traversent différentes temporalités – oscillation, prise de conscience, reconstruction – et comment leurs ressources psychologiques et sociales évoluent dans ce cheminement.
Lorsque Sarah m’a contactée, l’ intention était claire : créer un projet artistique capable de rendre perceptibles ces transformations intérieures autrement que par l’écriture académique. Non pas illustrer une thèse, mais donner forme à une compréhension sensible de l’emprise. Chercher une forme visuelle à ce qui ne se voit pas.
En tant que photographe, j’ai cherché comment représenter ces états internes que sont la peur diffuse, les allers-retours, les micro-fissures, les tensions, puis les premiers espaces qui s’ouvrent. Le corps d’Irène Nhbg, danseuse, a été central dans cette démarche. Son mouvement a permis d’incarner ces temporalités : ce qui s’efface, ce qui résiste et ce qui se reconstruit.
Ce que disent les voix
La lecture de la synthèse de la thèse et des échanges avec les répondantes a été un moment fort du processus.
Certaines paroles restent :
« Parfois, il me fait vraiment peur. Pour des choses insignifiantes. »
Ces phrases témoignent de la réalité quotidienne de l’ emprise et des violences. Elles montrent comment elle se glisse dans le banal, modifie la perception de soi et installe un état d’alerte permanent.
Une date choisie pour faire sens
Nous avons choisi de présenter ce projet à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Le calendrier n’est pas symbolique : il prolonge l’objectif même du travail. Rendre visibles des réalités qui restent trop souvent tues. L’ emprise n’est pas seulement une dynamique relationnelle : c’est une expérience intime qui transforme profondément celles qui la vivent.
Informations pratiques
Exposition :
“Corps sous emprise : d’une temporalité à l’autre”
Lieu: Maison Amazone ASBL Rue du Méridien 10, 1210 Bruxelles
Dates: Du 21 novembre au 11 décembre 2025
Rencontre avec l’équipe du projet 27 novembre 2025 15h30 → 18h00
Entrée libre du lundi au vendredi 9h00 → 18h00