Quand je déclenche mon appareil,
ce doux instant clic, je cherche bien sûr un cadre, une lumière… mais surtout une sensation.
Dans mes projets photographiques, il y a toujours un fil invisible qui me guide : des thèmes qui m’habitent, qui me traversent, que j’ ai besoin d’ explorer.
La charge mentale : celle qui ne me quitte jamais
Être mère. Être femme. Être solo. Dans mes photographies, j’interroge souvent ce poids invisible porté en majorité par les mères.
La charge mentale, je ne la conceptualise pas : je la vis.
Tous les jours. Elle se glisse entre les heures, les repas, les courses, le silence, le manque. Quand je photographie des femmes, je photographie une revendication, des réalités, je photographie la vie, la société, le conditionnement. Car dans un monde qui nous veut toujours utiles, efficaces, dévouées, s’arrêter est pour moi un acte politique.
Parce que parler, penser et écrire ne suffisaient pas, j’ ai cherché à représenter la charge mentale. À la rendre visible, à la confronter, à la partager en développant une nouvelle série — dont voici le premier résultat. En guise de fil rouge
Les racines : la terre, le père
Ce projet est une tentative de renouer avec une mémoire éparse, écorchée.
Une quête intime, une géographie du manque et du lien. Depuis mon voyage au Cameroun en 2023, une chose est devenue centrale : le lien. Pas un lien abstrait, doux ou poétique. Mais un lien parfois brutal, fait d’abandon, de silence, de distance, de non-dits et de répétitions. J’ai commencé ce projet en pensant explorer mes origines. Mais ce n’est pas un projet sur mon père. C’est un projet sur ce qu’il a laissé : des enfants devenus adultes, des femmes à la parole contenue, un village éclaté, une filiation dispersée dans les plis de la polygamie, de l’exil, du silence, du temps.
« Un jour, l’un d’eux m’a dit avoir été arraché par sa mère. J’ai gardé cette phrase. Elle m’a traversée. »
Je veux comprendre ce que ces absences fabriquent en nous. Comment on vit avec un vide. Comment on devient adulte en portant une mémoire fracturée basée sur la défaillance du père. Que font les enfants de ce manque hérité. J’ écoute aussi les voix des mères : ce qu’elles ont su, tu, porté, transmis malgré elles. Dans cette quête, l'idée est de construire un arbre généalogique artistique de collecter des archives du « tu », des photos, des voix, des fragments d’histoires. Je cherche le village invisible, les filiations oubliées ou effacées.
La condition féminine : miroir de moi-même
Ce que vivent les femmes, je le vis aussi. Quand je photographie une femme, je photographie ma propre fatigue, mes colères, mes contradictions. La photographie devient outil d’enquête. Une photo nous confronte à ce qu’on ne voit pas, elle fige ce que l’on fuit. Photographier, pour moi, c’est saisir ce qui déborde. Recomposer une histoire dont il ne reste parfois que des miettes.
Et puis tu sais, notre société capitaliste a besoin que nous nous sentions incomplètes. Elle nous pousse à nous évaluer, à nous maquiller, à acheter pour combler un manque qu’elle fabrique elle-même. Mais moi, quand je regarde les femmes, je vois de la puissance, la beauté, la vérité.
Et je suis agacée de voir nos vécus de femmes réduits à des campagnes marketing. C’est aussi cela que j’explore dans mes autoportraits.
Le féminisme : une urgence vécue
Le féminisme, je l’ai d’abord ressenti dans ma chair : dans les injustices, dans les attentes absurdes, dans les sois sage plantés dans ma peau.
« En écoutant les femmes parler, j’ai entendu mes propres questions de femme, de mère, d’artiste. Le féminisme n’est pas un concept : c’est une expérience vécue. »
La sororité, c’est pour elle que j’ai fondé Women We Share ASBL. C’est grâce à elle que j’ai tenu quand tout tanguait.
Être entourée de femmes, c’est dire : Je te vois. Je te reconnais. Je t’admire. Et dans ces mots, il y a déjà de l’unisson.
« L’ origine du monde »
Ces premières photo, le début sans doute d'une série, sont nées d’un désir de confrontation ( à découvrir lors du parcours d'artiste de Forest en Octobre 2025).
Partir de ce tableau mythique de G. Courbet, mille fois détourné, censuré, récupéré, et le reprendre à ma manière — avec mes images, mes obsessions, mes colères. Derrière ce sexe caché puis exposé, se cache toute l’histoire du regard porté sur le corps féminin : voyeurisme, appropriation, fantasme, marchandisation.
Dans ce qui sera ma série, j’essaie de déplacer ce regard.
Non pas cacher, non pas enjoliver, mais montrer autrement : avec mes codes et mes symboles, ce que ce monde peut créer, observer être.
L’ origine n’est pas un objet figé : c’est un champ infini qui créateur de vie. En travaillant cette matière, je questionne ce que signifie encore aujourd’hui représenter le corps des femmes, le désir, la puissance, la vulnérabilité.
Voilà ce que tu sais désormais de mes thèmes, de mes obsessions, de mes projets passés, présents, futurs. Ce sont mes fils rouges : des blessures devenues puissance. Ce que j’essaie de faire, c’est simplement d’être juste. Juste avec moi. Avec elles. Avec nous toutes. Et vous, quels sont les thèmes qui vous habitent, vous traversent ? Racontez-les-moi.



